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De la Motivation 0.0 a la Motivation 3.0

Ne vous êtes vous jamais interrogé sur le sens d’une lettre de motivation ?

Il n’est pas une annonce d’offre d’emploi qui ne se termine par « merci d’adresser votre CV et votre lettre de motivation à … ».

Or nous sommes nombreux, très nombreux, de plus en plus nombreux, à être convaincus de la pertinence de l’entreprise libérée,  de l’importance d’adopter des méthodes agiles, de laisser aux collabor’acteurs l’autonomie nécessaire à l’expression de leurs talents, de composer avec les génération X, Y, Z, de créer un environnement propice au maintien et au développement de leur motivation intrinsèque et d’accompagner, en support de tout cela, la transition digitale des métiers.

On dénonce généralement assez facilement et rapidement le monde de l’éducation et de la formation pour leur inertie, pourtant les initiatives qui tiennent comptes des contraintes précédemment énoncées, notamment dans l’enseignement supérieur sont nombreuses ; l’UHA 4.0 de Mulhouse est l’une d’elles.

Cependant, si vous prenez le temps de consulter les annonces d’offres d’emploi, combien sont encore nombreuses celles qui ne mentionnent pas le nom de l’entreprise qui recrute et qui ressemblent à ça : « Nous recherchons pour notre client, entreprise leader sur son marché, un responsable de secteur expérimenté pour mettre en œuvre sa stratégie de développement rapide sur le secteur du Grand Est, ….. Salaire motivant. Merci d’adresser votre candidature (CV + lettre de motivation) à … . Confidentialité garantie« . Quand ce n’est pas une annonce sous numéro.

Ne serions nous pas là au stade de la Motivation 0.0 ?

Quelles pourraient bien être les sincères motivations d’un candidat répondant à cette offre ? Avoir un job, un salaire motivant (qu’est-ce que cela signifie au juste), un véhicule de fonction , … .

Quel est la valeur ajoutée d’une telle démarche de recrutement pour une entreprise qui a pris en compte les nouvelles contraintes de management ?

Il semble bien que la plupart des prestataires du marché de l’emploi n’aient pas encore intégrer cette nouvelle donne.  Plus particulièrement en France, où le recrutement sur la base du diplôme plus que sur les réelles compétences, reste encore souvent la règle; notamment pour les postes à responsabilités.

Voilà des générations de jeunes à qui il a été inculqué (tant dans les écoles qui les ont préparés à l’accès au marché de l’emploi que dans les services d’aides à l’emploi), que le monde du travail c’est le marché de l’emploi. C’est à dire qu’il y à des demandeurs d’emploi d’un côté et des offreurs d’emplois de l’autre … A-t-on jamais vu sur un marché que l’offre de valeur ajoutée ait été formulée par le demande ? Non. Le marché de l’emploi ne conditionnerait-il pas alors le demandeur d’emploi à ne pas apporter de valeur ajoutée à l’entreprise, en tout cas lors du recrutement ?

Emploi vs Travail : Le marché du travail lui fonctionne à l’inverse. Il s’y rencontre une offre de compétences ou de force de travail et une demande de compétences ou de force de travail. Et sur ce marché, le prix de la transaction peut se négocier de gré à gré (en principe).

Les générations Y et Z, digitalisées, autonomisées, imprégnées de la culture du travail en réseau, … ne sont-elles pas plus adaptées à la logique du marché du travail qu’à celle du marché de l’emploi ?

L’entreprises libérée et tout ce quelle implique, peut-elle évoluer dans une société encore empreinte de la logique du marché de l’emploi ? La notion même d’emploi est-elle encore adaptée à la société digitalisée ?

Si l’étymologie latine du verbe « employer » signifie « impliquer », il exprime bien l’idée de faire usage de quelqu’un ou de quelque chose. On emploi aussi bien une matière première, qu’un outil ou qu’un individu. La valeur ajoutée ressort alors de la compétence de celui-ci qui en fait l’usage. S’il n’est pas de bon ouvrier sans bons outils, l’inverse n’est pas vrai. Il peut y avoir de bons outils sans bon ouvrier.

Pour illustration, considérons un individu, peu importe son métier (DAF, électricien, …) qui se retrouve en situation de demandeur d’emploi. Pendant plusieurs mois il répond consciencieusement aux offres d’emplois qui semblent lui correspondre : CV + lettre de motivation. Avec un peu de chance, il passe quelques entretiens au cours desquels il répond scrupuleusement à des questions concernant son parcours, sa formation, ses expériences, sa situation familiales et sociales, ses hobbies, …. Bien souvent l’entretien se termine par « Avez-vous des questions ? » Au mieux, il tente alors une question du genre « Oui, ce serait pour commencer quand ? » (bon d’accord, je caricature un peu).

Puis après quelques mois, ce même individu, motivé par l’envie de changer de vie  ou l’échéance d’une fin de droits qui se profile, décide de s’établir à son compte (DAF il deviendra consultant, électricien il deviendra artisan). Du jours au lendemain, nous avons un même individu, avec les mêmes compétences, le même parcours, la même formation, les mêmes expériences, la même situation familiale et sociale (si la période demandeur d’emploi n’a pas tout bouleversé) les mêmes hobbies, … mais il va passer de demandeur d’emploi à prestataire de service. La même compétence qu’il proposait à un employeur dans le cadre d’un contrat de travail, il la propose désormais à N clients dans le cadre d’un contrat commercial. Et lorsqu’il rencontre ses potentiels clients, c’est lui qui pose les questions, cherche à comprendre le besoin de son interlocuteur et émet une proposition de valeur ajoutée.

Et si ça se trouve, un de ses clients est un des employeurs a qui il avait adressé son CV et sa lettre de motivation. Pourtant en dehors du contrat qui encadre leur relation rien ne change entre les deux parties, si ce n’est leur façon de voir les choses.

Et désormais ce n’est ni la carotte et ni le bâton qui vont le motiver. Il s’est sorti du champ de la Motivation 1.0 et 2.0 que décrit Daniel H.Pink dans son livre « La vérité sur ce qui nous motive » pour passer à la motivation intrinsèque, la Motivation 3.0 que le projet et l’environnement qu’il s’est construit lui apportent. La réussite matérielle pourra alors en être la conséquence.

Alors comment recruterez-vous désormais ?

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